mercredi 11 novembre 2009

Armistice

Bien entendu, toutes ces histoires inattendues et de dernière minute m'avaient fait rater l'essentiel.
Le marchand de journaux avait clos son store et je n'aurai donc rien de frais à lire. Heureusement que j'avais apporté deux livres en cours dans mes bagages... et d'autres idées de jeux... en tête...
J'optais alors pour une petite promenade silencieuse sur la falaise qui surplombait les quelques commerces de cette partie-est de l'île. Un bar, un épicier, un tabac-presse et une pizzéria. Amplement suffisant en fait pour les quelques habitants à l'année. Les vacanciers et les touristes eux optaient plutôt pour une zone commerciale plus urbaine située à l'ouest, à quelques kilomètres de là...
Un banc avait été installé en surplomb d'une crique sauvage et je décidais de m'y reposer quelques minutes pour faire le point sur toutes mes histoires féminines :
- Bertille qui venait de me rejoindre sans m'en informer ni m'avertir préalablement. Comme en terrain conquis.
- Estelle que je souhaitais voir en tête-à-tête depuis des semaines, comme nous le faisions régulièrement depuis des années, mais qui était désormais bloquée par la présence de Bertille.
- Justine, ma cousine, presque tombée du ciel, et initiatrice involontaire de la rencontre entre ces si charmantes charlie's angels. (oui.. oui ... carrément...).
Un couple de personnes agées, accompagnées de 3 petites têtes blondes, passa à proximité de mon havre de réfléxion...
Je les examinais discrètement... Ils respiraient le bonheur... Au moins 40 ans de vie commune... Des enfants sans doute bien casés, mais débordant de travail et exilés dans des villes plus au nord sur le continent... et donc momentanément absents...
Et ces petits enfants en appoint estival ou automnal... qui faisaient une dernière promenade avec eux avant d'aller rejoindre Morphée.
Ils se tenaient par la main ... et marchaient en regardant les bateaux au loin... qui se noyaient désormais dans l'obscurité... en échangeant des paroles simples et douces...
Tout le contraire de moi en fait... qui ne faisait que ricochet sur la surface de l'eau depuis des années. Malgré mes efforts...
Mais je ne me plaignais pas finalement... car je n'avais rien à voir avec ce symbole de bonheur absolu, capable de survivre au temps qui passe et de vivre un seul amour continu.
Non...
Je ne pouvais pas être l'homme d'une seule femme.
D'un seul corps...
D'une seule âme...
Car j'étais comme un chat. Aux vies multiples.
Le seul problème me concernant par rapport au félin, c'est que j'avais largement dépassé le cap des 7 destinées...
Et que à force d'escalader des corniches abruptes, il allait indubitablement m'arriver une mauvaise chute un jour prochain... ou pas...
Devrais-je conclure une armistice...?
Ou poursuivre mon chemin aux ramifications multiples et désordonnées...?
Je ne sais pas... et ne veut même pas y penser...
Car j'aime cette ivresse... toujours renouvelé... de la fraise ou de la framboise...
De toute manière, seul l'avenir me le dira... en temps voulu... et puis voilà...

lundi 9 novembre 2009

... vraiment très petit...

En sortant, je jetais en passant un coup d'oeil à travers la baie vitrée du bungalow occupée par E... et ses filles.
Au cas où j'aurai pu capter un regard chaleureux supplémentaire de sa part...
Mais je les vis plutôt en train de parlementer debouts dans le salon illuminé.
Et visiblement les enfants avaient droit à une sévère mise au point.
Car E... (que je souhaite dorénavant appeler par son vrai prénom, Estelle, que vous connaissez bien car je vous en déjà longuement entretenu) gesticulait en tout sens et j'entendais même par moments sa voix pleine de colère.
Alors, tel un badaud intéressé par le spectacle soudain, je ralentis ma marche et décidais de refaire mon lacet mal noué.
Finalement, les enfants tournèrent les talons et à ma grande surprise, la porte d'entrée s'ouvrit.
"-Je croyais que tu étais pressé Charles...?".
A cet instant j'ai vraiment eu une sensation bizarre.
Voir apparaïtre Estelle, la voir me sourire, ouvrir la bouche pour me parler... et entendre à la place celle de Bertille... dans mon dos.
"- Je refaisais mon lacet... mais je repars .. et vite... hop là...".
Je détalais donc comme un lièvre le jour de l'ouverture de la chasse et je ratais la suite des évènements...
D'abord entre ma cousine et ma douce princesse.
- Estelle...? non....?
- Justine...? c'est toi...?
- Cela fait tant d'années... depuis cette fameuse nuit sur la plage de Port-Miquel où nous avions bien profité de Charles... ".
Puis avec Bertille fort surprise.
"- Vous vous connaissez... tous les 3 alors...?
- Oui Bertille... je vous présente Estelle... une vieille amie... d'études... de Charles... et Estelle... je te présente Bertille, la compagne de Charles...
- Enchantée... et vraiment comme le monde est petit... on se retrouve ici... par hasard... avec le même point de référence... on aurait pu déjà se rencontrer avant.. mais non... c'est ici... sur une île perdue... ".
Et qui ne s'attendait vraiment pas à cela.
"- Mais je vous connais Madame... " lui répondit Estelle
"- Ah oui...?
- Vous habitiez à cette époque aussi à Paris... dans le quartier Latin pas très loin du Boulevard St-Michel...
- J'y demeure toujours... mais comment le savez-vous...?
- J'y ai été convié plusieurs fois...
- Hummm... je vois...
- Non Madame... en tout bien tout honneur... je vous rassure... pour réviser... nos exercices...
- Si vous le dites... je veux bien vous croire... et puis c'est si loin maintenant... cette époque où Gonzague était encore à mes côtés...
- Charles m'en a parlé... une triste fin... et d'ailleurs j'avais rencontré plusieurs fois votre mari aussi... qui avait eu, entre autres, pitié de me voir un jour attendre Charles sous la pluie... devant chez vous.
-Il ne me disait pas tout... comme vous le savez... et c'est le hasard qui vous conduit ici aujourd'hui...?
- Non... j'y viens chaque année... pour un pélerinage un peu spécial..."

dimanche 8 novembre 2009

La "fibre astiqueuse"


ce n'est pas moi qui en parle... entre autres... mais Gicerilla...

pour en savoir plus, allez donc voir...

vendredi 6 novembre 2009

Le monde est petit...

Je ne gardais finalement pas très longtemps en mains mon ustensile de sommelier du dimanche.
Car dès que mes 2 invitées de dernière minute me regardèrent d'un air interrogateur et tendu, je le lâchais sur le sol de carreaux blancs.
Bing... la partie effilée supérieure en cristal de Murano explosa en mille morceaux en touchant le sol jusque là immaculé.
Théophile poussa un cri guerrier et me sauta dessus car il croyait que j'avais inventé un nouveau jeu artificier rien que pour lui.
Cette petite diversion joua en ma faveur car je retrouvais instinctivement mes esprits lorsque je pris en plein nez un petit coup de genou involontaire.
"Pan... je t'ai eu... Papa.. tu es touché.. tu es mort et tu dois t'allonger par terre comme d'habitude... alllez.....
- Théo... voyons... l'heure n'est pas à jouer au chasseur de primes... mais bien d'accueillir comme il se doit ces dames... Bertille et ....
- Justine de K..., cousine par alliance de Charles...".
Je ne sais pas pourquoi... enfin si... je le sais... mais soudainement les nuages noirs amoncelés dans l'entrée de ma maison de vacances furent aspirés dehors... comme par magie...
Bertille retrouva son teint habituel, un mélange subtil de tendresse et de noblesse d'âme, tandis que ma cousine commençait tout aussitôt sa tournée de bises.
Puis je présentais brièvement ma parente bretonne à chacun.
Cela faisait au moins une dizaine d'années que je ne l'avais plus vu.
Depuis ces vacances familiales communes sur l'Ile aux Moines un été de la fin du siècle dernier.
Justine, jeune trentenaire brune fringante, était de passage dans la région pour raisons professionnelles.
Un congrès de pharmaciens tous frais payés offert par un laboratoire pharmaceutique.
Elle avait donc quitté son chef-lieu du Finistère pour quelques jours, y abandonnant son chat angora nommé Cadoudal... du nom du fameux martyr chouan décapité sur ordre de Napoléon... et personnage adulé dans notre famille...
Je laissais quelques instants les femmes entre elles, le temps d'aller chercher l'aspirateur pour réparer mon geste gauche, ainsi que quelques rafraîchissements bienheureux.
Entre temps, j'eus une nouvelle visite.
La femme de l'agence qui m'avait loué mon pied-à-terre et qui me rapportait une autre télécommande, cette fois fonctionnelle.
Que j'échangeais derechef, et un peu piteusement contre mon tire-bouchon démembré, en arguant la surprise de la découverte tel quel dans le tiroir du meuble de cuisine.
Et c'est en fermant la porte derrière elle que j'aperçus ma délicieuse E... et ses filles qui passaient devant chez moi, de retour de la piscine et qui regagnaient le bungalow voisin.
E... m'adressa un magnifique sourire enchanteur, qui me remplit le coeur d'une joie immense et détendit une nouvelle fois mon visage du bonheur inestimable d'aimer et de se sentir aimé.
"-Charles... ça va... ? tu es tout bizarre... tu as les yeux qui brillent.. le regard ailleurs.. et ce sourire soudain... tu es malade... ?" me dirent en choeur Bertille et Justine lorsque je les rejoignis dans le salon.
"-Non.. non... é tutto il contrario... va bene...
- Charles... voyons tu n'es plus à Rome avec Luana.. alors atterris... je te prie...
- Bertille... tu sais bien que je ne pense plus jamais à Luana... et d'une... et de deux... que je parle souvent italien du fait de mon enfance...
- C'est vrai... Charles... je te prie de bien vouloir accepter mes excuses...
- Mouais... en fait si ce n'était que rarement que j'avais droit à l'évocation de Luana.. mais non.. toutes les occasions sont bonnes... et je ne les compte plus... au quotidien...
- Charles... c'est ma faute...
- Bertille... j'ai besoin de sérénité... tu le sais... avec tout ce que j'ai vécu ces derniers mois entre la rupture brutale avec Luana et la longue maladie de Clothilde... et tu me l'avais promise....
- Je sais.. mais quelquefois... c'est plus fort que moi... je t'aime tant...".
Je voyais bien que la conversation commençait à gêner ma cousine.
- Ne t'inquiètes pas Justine... ces échanges vifs entre nous arrivent quelquefois et ne sont pas grave... permettez-moi simplement de vous abandonner un petit quart d'heure... pour m'aérer l'esprit... et surtout pour aller vite chez le marchand de journaux acheter l'édition du soir du M....e... un de mes papiers doit y paraître depuis plusieurs jours et il me tarde de voir si on m'a coupé quelques passages... allez... je file.... à tout de suite...".
Je pris un de mes pulls sur le rebord du lit... car la nuit tombait déjà... et avec elle la fraîcheur... et vite je sortais en courant sans attendre de réponses de mes invitées de dernières minutes..
Dans l'espoir d'aller enfin embrasser E...

mercredi 4 novembre 2009

Vraiment...

Bertille avait pris l'avion, avec un bagage léger, en fin d'après-midi depuis Paris.
Vite fait... bien fait...
Et s'en m'en parler préalablement, elle avait décidé elle aussi de prendre quelques jours de congés au soleil... loin de la grisaille de la capitale.
Ce faisant elle avait, dans la foulée, rallié l'île depuis cet ancien aéroport militaire, au style architectural désuet et implanté à seulement quelques kilomètres de là, par hydravion.
Durant notre traversée, j'avais bien remarquer le manège de Théophile, mais sans pouvoir l'expliquer.
Il avait scruté sans cesse le ciel bleu dès qu'un avion passait au dessus de nous en rase-motte .... et en me demandant à chaque fois ce que c'était au juste comme modèle...
Et si je ne l'avais pas rattrapé plusieurs fois en déséquilibre, au moment où passaient et repassaient des canadairs, équipés eux aussi de flotteurs, et uniquement là que pour écoper dans la rade, il aurait fini à l'eau.
Mais Bertille ne nous avait pas survolé et prenant son mal en patience, Théophile avait décidé de se trouver une autre occupation : flibustier des mers du sud... comme le célèbre capitaine Jack Rackham.
C'est avec un tire-bouchon à la main que j'accueillais donc ce soir là, non sans appréhension du fait de la présence secrète d'E... dans les parages, ma compagne parisienne.
"Tu n'es pas ravie Charles..?
- Non, non... ce n'est pas ça... mais bien plutôt les lasagnes de ce midi qui passent mal... j'en ai englouti un peu.. beaucoup... et je crois que je le paie désormais...
- Alors tant mieux... car je suis venue exprès pour toi... ici sur une idée de ton fils... je vais m'occuper de toi durant quelques jours... te bichonner... enfin vous bichonner... vous 2.. mes petits hommes.."
Toc.. toc.. toc... on frappa à ce moment là une nouvelle fois à la porte de mon bungalow familial...
"- Charles... tu es là... je ne te dérange pas... c'est moi...?"
Oh nonnn.... pas elle ...
"-Tu attends quelqu'un Charles..." me demanda Bertille mi-inquiète, mi courroucée.
- Absolument pas...
- Mais qui est-ce....?
- Je ne sais pas..." dis-je alors en mentant très effrontément sans que cela ne soit remarqué.
N'y tenant plus, Bertille fit volte face et rebroussa chemin jusqu'au seuil qu'elle avait franchi quelques minutes auparavant, mais plus détendue...
D'une main ferme, elle empoigna la poignée en porcelaine ronde et ouvrit le battant.
Face à face.
Elles se retrouvèrent alors toutes les deux...
L'une en face de l'autre...
L'une souriante et l'autre grimaçante...
Et moi, submergée par une grosse et soudaine montée d'angoisse, je m'asseyais illico, sans forces, dans le gros pouf du salon... mon ouvre-bouteilles toujours à la main...
Vraiment.. elles ne se rendent pas compte... de ma vie...
Même en vacances... pas moyen d'être tranquille... 5 minutes...
(photo Chez Laurette.)

lundi 2 novembre 2009

L'île (2)

J'étais occupé à ranger nos quelques affaires dans le bungalow lorsque l'on frappa brièvement à la porte.
Ce devait être la réception au sujet de la télécommande défectueuse de la vidéo.
Théophile, qui jouait à Peter Pan en faisant du trampoline sur le clic-clac, alla ouvrir et poussa un grand cri de joie.
"Yipiiiii..."
Je sortais alors de la cuisine et vit une ombre dans l'encadrement de la porte.
Une ombre, charmante au demeurant, qui me souriait... et qui portait un sac de voyage à la main.
Bertille...
"Regarde Papa... elle a pu venir et nous rejoindre... comme elle me l'avait dit en secret à l'oreille..."
Gloupsss...
Alors là... pour une surprise, c'était une surprise, et une sacré...
Bertille et E... sur la même île... à quelques mètres l'une de l'autre...
Et moi au milieu...

vendredi 30 octobre 2009

L'île

Le bateau a accosté en fin d'après-midi sur le quai des plaisanciers, un peu à l'écart de la zone des ferrys.
Le porteur était là avec une petite charrette à bras. Il nous attendait à l'ombre d'un palmier.
Nonchalamment. Une fin de cigarette roulée au coin de la bouche.
Théophile se tenait debout à la proue de la vedette rapide, gesticulant, assez excité d'accoster à la façon d'un pirate moderne sur une île pas si abandonnée que ça.
Je le surveillais donc du coin de l'oeil pour m'assurer qu'il ne tombât pas, incidemment, à quelques mètres du bord, dans cette eau turquoise et encore assez chaude à cette époque.
Lorsque l'embarcation a coupé son moteur, alors mon petit marin d'eau salée a posé un pied sur cette "terra incognita"... du moins pour lui... eu égard à son jeune âge... puisque moi je connaissais déjà l'endroit...
Et puis il a filé droit devant, en criant, et en faisant tournoyer son sabre d'opérette dans les airs, afin d'empâler une des nombreuses mouettes qui trottinaient par là.
Mais en vain...
Pendant ce temps, je débarquais les bagages et je suivais le bagagiste sur le chemin nous amenant à l'hôtel, à quelques centaines de mètres au fond de la crique.
Je lui laissais un peu d'avance afin de consulter mon portable et alors que je ne m'y attendais pas, au détour d'un chemin, bordé de platanes centenaires, un chuchotement me tira de mes songes.
"- Charles....".
Je relevais le visage, et une main que je connaissais bien, appartenant à une personne chère et cachée derrière un des arbres, s'empara de la mienne quelques secondes afin d'y déposer un doux baiser.
E... était là aussi.
Elle avait réussi à venir, comme prévu, dans cet endroit perdu au milieu de la grande bleue.
"Ne dis rien... Charles... je sais que ton fils pourrait nous entendre... je suis installée dans le bungalow à côté du tien... presque par hasard... et mes filles jouent dans la piscine... on se revoit ce soir comme prévu... à moins que... les enfants ne nous permettent une rencontre inattendue et publique...".

mercredi 28 octobre 2009

Shopping

Nous nous étions retrouvés au Café Sushi du sixième étage des Galeries L..
J'adorais comme toi ces bouchées délicieuses, sorte de mise en appétit à l'après midi qui nous attendait.
J'avais une faim de loup, et devoir minauder devant ces minuscules rondelles appétissantes, me mettait à la torture.
Ainsi, je picorais, l'air de rien, mon corps réclamant son dû à grands renfort de frissons et de tension.
J'avais aussi faim d'autre chose.
Avoir été sevrée trop tôt de toi, me faisait te dévorer des yeux.
Je retenais ma main de se poser sur la tienne, mon buste penché en avant s'étirait vers toi, tu devais penser que j'écoutais tes paroles avec attention.
Le fait est que je buvais tes mots, comme de l'eau fraîche venue du Mont Fuji.
Puis nous avons descendu les escaliers, admirant au passage les beautés de l'architecture du bâtiment, la coupole qui nous laissait entrevoir le ciel gris.
Une à une les dernières clientes de la matinée avaient déserté les allées... de ce grand magasin centenaire.
Une ruche bourdonnante habituellement... mais pour quelques minutes quasi-tranquille, sans autre bruit que cette horrible musique d'ambiance reprenant des tubes instrumentaux des années 70.
Au hasard des rayons, nous avions choisi diverses choses en soie ou satin, magnifiant les courbes cachées du corps.
Je ne pouvais pas venir là sans laisser ma main déambuler sur les étoffes, soyeuses, mon regard se poser sur les robes superbes, quand je vis se profiler le rayon des dessous. Les dessous de quoi, me dirais-tu puisque parfois je ne porte rien...
Et là, derrière un renfoncement, juste à côté des baies vitrées offrant un panorama superbe sur les immeubles haussmaniens du quartier, un espace réduit pour 2 personnes maximum... qui nous attendait et nous ouvrait les bras... derrière un large rideau opaque... avec deux miroirs se faisant face... et surtout cette fonctionnalité très utile... que je découvrais... la fonction "nuit" qui tamisait la pièce doucement.
Je souriais au fond de moi... et sans te le dire..
Car tu avais aussi naturellement que moi bifurqué dans la même direction, la pression de ta main dans la mienne laissant deviner le fond de tes pensées.
Personne à gauche... personne à droite... pas de vigiles à l'horizon... pas de vendeuses en train de ranger les piles de sous-vêtements de luxe mélangés... alors nous en avions profité.
Tu passais la première la frontière, me tirant d'un geste franc impulsé par ta main sur mon bras, et m'accueillait en riant par un baiser chaud sur la bouche.
Il faut dire que tu faisais un magnifique porteur... avec ce porte-jarretelles dans les bras... le regard brillant... les mains douces sur la soie, le sourire statique dans l'attente de me voir revêtue de tes choix imaginatifs.
Tu restais à distance, goguenard, me laissant défaire les bretelles de ma robe, la laissant glisser sur mes jambes nues.
Il te fallait rester stoïque pour ne pas te jeter sur moi, je profitais de ce moment pour me déhancher, pour me tourner et me retourner, voyant mon anatomie dans la glace, et dans tes yeux.
Je m'amusais beaucoup de l'effet produit.
Mais face à cela, je n'étais qu'un modeste et faible homme...
Je me plaquais alors contre toi immédiatement... emporté par le tourbillon du désir.
Je dévorais ton visage avec ma bouche tandis que tes mains, déjà, se glissaient sans hésitation dans mon dos... sous le tissu de mon polo.
Tes mains étaient chaudes et s'attardaient volontiers sur ces parties musclées que tu affectionnes tant chez moi... la marque d'une pratique ininterrompue de sport depuis mon enfance.
Je caressais tes fesses à mon tour, tandis que tes jambes s'enroulaient autour de mes hanches et pendant que tu déboutonnais mon jean d'une main ferme et pressée...
Interrompue quelques secondes dans notre manège par un chien qui venait de passer sa truffe sous le rideau, ce qui me fit pousser un cri, puis pouffer, tu te tenais devant moi, me faisant de ton corps un rempart... nous reprîmes aussitôt notre voyage d'amour dès que sa maîtresse l'en expulsât en tirant sur sa laisse.
Je n'avais dès lors plus envie de mettre ces dentelles affriolantes, ma nature reprenant le dessus, je te laissais agir pour pour mon plus grand plaisir.
Quasi-nus... nous franchîmes ensuite une à une les étapes pour satisfaire notre besoin de nous unir à nouveau comme ce matin et cette nuit... dans la chambre rouge.
Il nous fallait rester discrets...
La contrainte du silence, des mouvements doux, nous donnèrent une jouissance plus intense, un nectar de douceur et de passion mélangés.
J'étais aussi rigide qu'un chamallow, et aussi chaude que les mers du sud.
Notre bonheur nous emporta loin, un voyage intérieur puissant, dont je ne me rassasierai jamais.
Le feu aux joues, les yeux brillants, l'esprit léger, nous ressort/âmes une dizaine de minutes plus tard de ce temple de la consommation... dans lequel nous n'avions rien acheté... mais qui portait si bien son nom finalement...

vendredi 23 octobre 2009

Vacances



Je suis un peu perturbé en ce moment par diverses choses... vraiment pas très graves.

Alors je vous abandonne quelques jours, le temps d'aller me ressourcer sur une île, puis de m'occuper de Théophile.

A bientôt.

Bises.

jeudi 22 octobre 2009

La chambre rouge (2)

Dans le train je n'avais de cesse de laisser mon esprit vagabonder.
Aurais tu changé?
Ton parfum serait-il le même?
Quatre mois... depuis que je t'avais respiré la dernière fois... quatre siècles à dire vrai.
Je m'étais mise dans mon mode "bulle" en attendant de te revoir, et là... dans quelques minutes... enfin...
Ma robe... j'ai pris un temps fou à la choisir...
J'en ai acheté trois, et finalement c'en est une... d'un été passé depuis si longtemps... qu'elle en avait l'usure... et... ta patine...
Tu l'a effleurée... à peine regardée... la robe parfaite que l'on oublie...
Car elle sait mettre en valeur un corps affamé du tien... le ventre tendu en avant... les seins ronds, dont l'ombre se dessine juste assez pour avoir envie d'être saisis.
As tu remarqué, mon amour, comme ta main se pose très justement sur ce calice de douceur?
Et tu me caresses... emprisonnant mes bras dans mon dos, ton buste collé au mien...
Tu me dévores le cou...
Je suis prise de frissons délicieux qui me coupent les jambes et toute volonté..
Je suis à toi... mon corps le sait... mon coeur me l'a dit... ma raison l'a accepté.
J'ai à peine remarqué les jolies scènes d'amour courtois sur la tapisserie, comme il devait être long dans ces temps là, de dévêtir une dame.
Imagines tu le temps qu'il aurait fallu pour dégraffer tout mon corsage?
A moins que les malines n'aient prévu de tissus aux entrées cachées sous leurs multiples jupons?
Et toi... d'un geste tu fais glisser la fermeture de ma robe... tu glisses ta main sur son côté jusqu'à ma culotte..
Comme il est doux de retrouver ces gestes...
Comme il est facile de danser notre ballet... improvisé à chaque fois... si réussi dans toutes nos chorégraphies.
Je ferme les yeux...
Pour la vie... je veux me souvenir de ces instants si précieux...
Ceux de nos esprits unis dans notre même souffle, ceux de l'homme et de la femme faits l'un pour l'autre... par un Créateur à la malice sans nulle autre pareille.
A moins que ce ne soit le résultat d'un jeu entre des Dieux mystérieux?
Car il est impossible de survivre bien longtemps si loin l'un de l'autre, nous le savons bien...
Profitons, profitons, bonheur inestimable de ces épousailles de corps et âmes.

E...

mardi 20 octobre 2009

Un bouquet





à ses pieds pour espérer me faire pardonner...








Car... tout avait bien débuté... sourires, baisers et ...
Mais un mot de trop...
Je lui ai dit un mot de trop...
Je lui rappelé une chose commune, pourtant anodine à mes yeux.
Mais pas pour elle, si fragile quelquefois, si sensible souvent, si aimante toujours...
Ma princesse de là-bas.
Et pour la première fois, j'ai eu l'immense et horrible impression d'avoir brisé une vitre.
Elle était face à moi.
Le visage ravagé par les larmes.
Jamais je n'aurais dû lui parler de ce quai de gare.
La dernière fois où nos mains se sont déliées...
Celle où elle portait cette jolie robe.

Milles pardons... très chère princesse...

lundi 19 octobre 2009

La chambre rouge

Le plaisir... et rien que le plaisir...
d'être à nouveau ensemble... réunis durant quelques heures...
seuls dans cette chambre rouge, et sur ce lit, sépulture de notre fusion.
Je contemple d'abord ton corps toujours habillé... car j'aime voir tes formes cachées.
Tu déboutonnes un par un les remparts de ma chemise, et ma peau bronzée apparait peu à peu sous la lumière automnale parisienne.
Je passe mes mains sur ta robe et je devine désormais les contours de tes seins.
Mon estomac, sevré de cette dégustation, a déjà faim à la vue de ces fruits sacrés, que je viens de dévoiler par un geste audacieux sur ta fermeture-éclair.
Je m'avance vers toi et avec ma bouche je fais descendre sur tes hanches ce vêtement désormais trop gênant.
Ton cou m'est offert... et je le prends... un véritable abordage... sans effusion de sang... mais plutôt qui infuse et se diffuse dans mes sens.
Je remonte vers ton visage, doucement, et nos lèvres se rejoignent.
Je ne ferme pas les yeux car j'ai besoin de te voir, de t'admirer... toutes ces secondes.
Zoom extra-lucide sur ton regard brillant... sur tes diamants inestimables.
Nos corps ne résistent pas plus longtemps à l'attente.
Nos mains ont sonné l'hallali... et tout tissu est désormais virevoltant au dessus de nous, avant d'aller se poser tout autour, sur le parquet ou les meubles inertes, de cette zone sacrée.
De deux... nous fusionnons à un... en râlant de bonheur.
J'ai retrouvé mon yang, mon âme soeur..
Le plaisir n'est qu'une étape... et au moment de nous assoupir, ensuite, nous restons aimantés... fiévreux... frissonnant...
Le paradis du corps et de l'âme... je l'ai trouvé avec toi... ma douce princesse...
Merci...

jeudi 15 octobre 2009

De famille

Cette fois ce n'est pas le directeur qui m'a convoqué à l'école mais l'institutrice.
Une jolie trentenaire blonde, au visage parsemé d'une multitude de tâches de rousseurs, et qui ressemble un peu à Sandrine Kiberlain.
"Vous êtes venus seul.. Monsieur...?" m'a-t-elle dit d'entrée... d'un ton fort désagréable... "J'avais pourtant demandé sur le carnet de liaison... la présence... des 2 parents...
- C'est-à-dire... qu'à moins de se transporter ensemble dans le centre d'oncologie de la région parisienne où elle suit depuis quelques mois un traitement particulier et fort... je suis au regret de vous dire que vous avez en face de vous... l'unique détenteur local de l'autorité parentale...
- Je suis désolée... je ne pouvais savoir... votre fils ne m'a rien dit à ce sujet...
- Car il n'en sait que très peu de choses... et ce volontairement...".
En quelques minutes, le ton rogue professoral céda donc la place à un ton plus humain.
Elle était assise face à moi dans cette salle moderne, derrière son bureau et j'écoutais maintenant plus sereinement ses doléances sur le motif de ma convocation.
"Je souhaitais vous voir... car Théophile me parait quelque peu ailleurs en ce moment...
- Je vous écoute, Madame...
- Il y a d'abord eu cette affaire avec Siegfried, qui a pesé sur la classe et sur les autres petites classes de primaire où cet éléve faisait régner, sans qu'on ne le sache, la terreur... votre fils, mis au courant de ces pratiques, est intervenu à sa manière sans nous en parler... ce qui a failli lui coûter cher... quant à l'autre, heureusement, il a été renvoyé de notre établissement et désormais le calme règne à nouveau... mais superficiellement je dois dire...
- Pourquoi donc...?
- Et bien en fait, votre fils fait figure de héros désormais et sa culture historique assez étoffée pour son jeune âge... a un peu transformé les jeux dans la cour...
- ...
- Les enfants ne jurent plus que par Charlemagne... et la défense de l'Empire contre les Saxons, Danois, Avars au Nord, Slaves à l'Est ou encore Lombards et Sarrasins au Sud. Chacun de ces peuples étant représenté en cour de récréation... je vous laisse imaginer les longues tractations ou batailles... mais finalement... personne ne sait vraiment pourquoi.. ce personnage... et cette lointaine époque?
- Hummm... c'est une vieille histoire à vrai dire...
- Peu importe dirais-je... mais bien souvent maintenant en classe les enfants ont du mal à réatterrir dans notre siècle... toujours l'esprit à préparer la confrontation suivante... en tout bien tout honneur bien sûr.. et sans violence... et Théophile... passe trop de temps dans son rôle... au détriment d'une écoute scolaire attentive...
- Je vais régler cela, Madame...
- Je compte sur vous... car il a également un charisme assez impressionnant... qui tout naturellement fait de lui un enfant incontournable, respecté, aimé et sage... et si lui fait l'effort de laisser plus son personnage au vestiaire en entrant en classe, les autres feront de même...
- C'est de famille, je crois...
- Pardon... ?
- Oui... la passion de l'histoire... et hummm...le charisme...".

lundi 12 octobre 2009

Point G

et G.... comme grain...
et non pas encore comme l'autre G... si bien caché... dans sa G... rotte...
Car en ce dernier jour de grande chaleur,
avant que le maître des vents ne vienne refroidir dès demain nos ardeurs,
nous sommes là, encore une fois, heureux et libres, seuls, sur cette plage isolée...
Et les yeux fermés, je pense à ton point G.
G comme ....
... Grain de peau... que je ne me lasse pas d'embrasser et d'admirer...
... Grain de beauté... dont je connais chaque spécimen sur le bout de la langue... ou des doigts...
... comme Grain de sable... qui est toujours là où on ne l'attend pas.... à cacher en masse un trésor... ou en solitaire à démanger irrésistiblement...
... Grain de sel, le nouveau parfum qui recouvre ton corps après ce délicieux bain dans cette calanque...
et comme ce Grain de folie, qui caractérise nos sens lorsqu'ils sont en contact...
Humm.... quel délice ce point G...

vendredi 9 octobre 2009

2

La magie opère toujours... malgré le temps... en dépit des semaines et des années... lorsque je la retrouve sur ce quai de la Gare de Lyon.
Elle est arrivée depuis peu... et avant moi...
Je la revois au loin... les cheveux au vent... le visage radieux... toujours si belle.
A l'ouverture du sas du TGV, nos corps s'aimantent instantanément.
Pas besoin de se parler... on se regarde droit dans les yeux... en silence... on se comprend... et on se déguste déjà... par la pensée.
Puis nos lèvres se retrouvent enfin...
Les siennes chaudes et humides, les miennes sèches et salées... car j'ai un peu craqué sur les cacahuètes durant le trajet.
Nos mains se lient également et instinctivement... Et nous marchons jusqu'à la Seine pour retrouver l'eau éternelle...
La seule à avoir vu et à se souvenir encore... de tous ces baisers échangés en secret depuis des siècles et des siècles...
Le long de ces quais...
De jour et de nuit, saison après saison.
Et nous reprenons notre divagation.
Le coeur léger et le sourire aux lèvres, l'esprit totalement déconnecté du réèl.
Nous pérégrinons tels des touristes adolescents.
Pour rejoindre au loin l'Ile Saint-Louis.
Quel plaisir de retrouver notre Paris.
Celui d'avant... celui que nous n'avons plus... mais qui revit sous nos pas lents...
Premiers instants d'une rencontre hors-du-temps et des conventions.
Premières minutes loin des autres et seuls au monde...
Avec un but ultime.
Notre nid... la chambre rouge.
Nous 2...
Estelle, Bertille ou bien...?

mercredi 7 octobre 2009

La lettre

Je ne m'y attendais vraiment pas...
J'ai reçu une lettre de sa part ce midi.
Quelle émotion...
Tous ces mots d'amour, si gentils et passionnés qui courent sur le papier en velin...
Et qu'elle a écrit pour moi, à l'abri des regards près de cette belle église...
Et je me rends compte que finalement... de ses mains, jusqu'alors, je n'ai connu que la ballade sur mon corps...
Mais jamais l'empreinte, rédigée si finement, tracée sur du papier... car il ne fallait pas...
Finalement, l'esprit retient souvent confusément les souvenirs, tandis que le corps ne garde lui des étreintes que des regrets éternels...
Or je suis ravi...
Désormais j'ai, pour la vie, une vraie trace de sa présence... en plus de son "ombre indélébile" qui me suit au quotidien....
Amore mia...

lundi 5 octobre 2009

4 mains

Je te retrouvais chez toi... au petit matin... encore endormie sous tes draps à la douce odeur de lavande.
Tu étais seule... comme bien souvent... et la porte de ton appartement mansardée n'était plus fermée à clef. Car tu m'attendais comme prévu la veille.
Il était 7 heures...
Je m'éveillais... te sentant venir sans avoir besoin d'aucun réveil matin. Je sentais ta venue avant qu'elle ne survienne.
Tout le monde dormait encore dans l'immeuble... pas un bruit dans l'escalier... hormis mes pas qui torturaient chaque marche en bois sec centenaire...six étages...
Alors j'entrais en silence tel un guépard dans ton salon-chambre-cuisine...
Tu ouvrais un oeil, le gauche ou le droit... pour me voir me déshabiller... et tu m'invitais d'un "bonjour.... Charles... allez viens vite.." à te rejoindre...
Ton corps chaud absorbait en quelques secondes le mien si froid... car dehors l'hiver était encore bien présent... et à solex... c'était bien long de traverser Paris, envahi quelquefois de brume...
Nos corps s'aimantaient de longues minutes... je puisais en toi cette énergie qui me redonnait de la vigueur... et nous profitions heureux et sans paroles de ces premières minutes.
Je fermais les yeux pour absorber ton corps, pour sentir la douceur de la peau sur le mien, ton parfum...comme je l'aime encore....
Puis le ballet des corps commençait sous le drap dressé au dessus de nous comme une tente dans le désert, et nos bouches, fusionnées, aimaient aussi à se déguster longuement.
Estelle, je ne t'oublierai jamais... je te l'avais promis... bien que tes rires, à chaque fois que je prononçais ce voeu pieu, exprimassent ta dubitativité...
J'avais du mal à croire de si belles paroles, toutes dites sous l'emprise de la passion qui nous animait. Car j'étais possédée, mon corps t'appelait, je voulais entendre ta voix dans mon oreille, sentir ta respiration dans mon cou, ton poids d'homme m'écrasant de toute sa force...
Et je ne t'ai jamais oublié... tu le sais...
Car c'est toi qui a été la première à m'initier à la patience et à l'endurance... à la douceur et à la volupté... aux courbes et aux déliés... au plaisir simple de donner et de recevoir...
Comment t'oublier, toi ma maîtresse des sens... qui m'a tant comblé durant ces longs mois où nous avons partagé le même chemin.
Tu m'as donné tellement, appris autant...
Tu es en moi, définitivement.
Ce que j'aimais avec toi... c'était d'abord faire l'amour.... cette parenthèse si longue... où mon corps était à toi... et le tien à ma disposition...
Comme les fois où tu te laissais faire, où ton corps obéissait, consentant, apte au plaisir, capable de saisir l'instant précieux où la peau frissonne jusque dans le coeur.
Un partage équitable... à égalité... qui était diablement et totalement bon et jouissif.
Et après l'amour, ce que j'adorais encore plus...
C'était... de m'allonger simplement à côté de toi, par exemple, et de te regarder... inerte...
Retrouver ton souffle... voir le rouge de tes joues s'atténuer et disparaître lentement... voir tes gouttes de sueur, nées de nos ébats, sécher doucement dans ton dos... à côté de ces grains de beauté qui m'avaient servi de repères balistiques... lorsque ma bouche cheminait sur ta peau blanche et te noyait de baisers...
Mmm, il me suffit de repenser à cette route que tu suivais sur mes courbes... pour à nouveau ressentir le souffle chaud qui m'enveloppait alors, perdue dans mon cocon de paix.
J'aimais alors te voir apaisée... les yeux mi-clos... l'esprit ailleurs mais pas si loin...
Pendant que tes doigts soyeux de princesse... posés dans mes cheveux bruns ou à la périphérie de mes paupières... me caressaient comme seule une mère sait le faire... et qui prend soin de son enfant... le câline... et lui transfère tout son amour inaltérable.... présents dans ses fibres.
Amour inaltérable, inaliénable, absolu, pur, comme le sommeil de l'enfant.
Tout était magique aussi ... après...
Ces moments de silence où nous nous regardions dans les yeux... où nos mains se nouaient à nouveau... où j'admirais ta féminité...
Ta nuque gracieuse et insolente, tes frêles épaules que j'entourais pour te protéger de dragons invisibles, tes bras sans fins qui m'agrippaient comme des lianes tropicales, tes hanches de violoncelle pour des concertos à deux, ta poitrine généreuse, ferme et tendue, ton ventre large et si accueillant, ton triangle originel courbétien...
Et le reste...
Tes yeux toujours pétillants de bonheur dans lequel s'affichaient innocemment tes sentiments... tes pommettes que j'adorais mordiller tel un chaton... ta bouche si onctueuse... tes lèvres qui bougeaient ou me torturaient sans un son... tes dents blanches qui m'ensorcelaient lorsqu'elles me grignotaient... ta langue tantôt mutine sur ma peau... tantôt enfantine lorsque tu me faisais des grimaces...
Les éclats de rire qui en découlaient invariablement et qui nous rapprochaient encore... nos deux corps... à la recherche constante du contact de l'autre... ce besoin absolu d'être mélangés... simplement...
Nous pouvions rester longtemps comme cela à ne pas bouger... à nous regarder... à nous effleurer... ou à nous unir... éveillés ou endormis.
Comme deux amants au plaisir assouvi, au bonheur limpide d'avoir donné et reçu, comme l'amour libre et sans complexes, juste l'union d'un homme et d'une femme, complémentaires en tous points.
Lorsque la faim nous tiraillait, et que tu partais quelques instants récupérer des victuailles, je m'asseyais toujours dans le lit en tailleur pour te regarder marcher...
Ta virilité à nu sur ta cuisse, tes mains posées comme un rideau pudique, cela sans doute pour éviter la faute d'inattention...
Toute cette autre féminité trop souvent négligée par d'aucuns mais que j'ai toujours vénéré visuellement à sa juste valeur... chez toi... et toutes les autres...
Comme tu m'as fait du bien avec ces mots si complaisants, sortis de ton coeur comme une caresse fluide, comme seul l'homme sachant aimer les femmes peut le faire.
Voir à l'aller tes jolies fesses rondes dodeliner et me narguer... admirer le galbe de tes mollets et la finesse de tes chevilles brillés sous les premiers rayons du soleil perçant... et m'attarder sur ta colonne vertébrale, depuis la nuque jusqu'en bas du dos... lorsque tu choisissais à haute voix devant le frigo ce que tu allais nous rapporter...
Et contempler au retour ta silhouette gourmande... globale... et ensorcelante...
Cette féminité... la plus belle chose à mon avis qui existât sur Terre...
Et qui était magnifiée... lorsque d'une main non hésitante tu me nourrissais ensuite de raisins ou de poires... assise dans la même position que moi... à quelques centimètres de mon buste...
Estelle... tu ne demandais rien... tu vivais les choses... naturellement et pleinement...
Je sais que ton autre vie était compliquée... mais tu ne posais pas non plus de questions sur la mienne...
Nous vivions en parallèle... avec des moments à nous... pour nous... sans volonté aucune de briser le reste... de faire de la peine aux autres...
Compliquée, ma vie, pleine, à présent, tu restes dans mon âme comme un chat qui veille sur la flaque de soleil qui baigne l'herbe tondue.
Nous ne prenions la place de personne... nous occupions juste le vide...
Notre relation, simple et pleine, a pris fin un jour comme ce livre que tu tenais en main et dont tu me lisais à chaque fois un passage.
Notre histoire a duré 25 chapitres... et 482 pages...
Ce livre qui me glisse des doigts quand je le lis, ces lignes doubles qui s'écrivent entre les mots de l'auteur, cette vie qui fut la nôtre et qui dure encore.
Il avait été convenu entre nous qu'à la dernière ligne, je quitterais ta vie.
Pour que demeure en nous le nectar de notre histoire.
J'ai respecté notre pacte de sang, établi sous le porche de cet immeuble... le jour de notre rencontre...
J'ai quitté ta vie au meilleur moment... en plein soleil... sans aucun nuage...
Et chaque année... le 11 mai ou le 4 novembre... entendre ta voix... ou te revoir... durant quelques heures... fugacement... comme prévu entre nous... est le plus beau des cadeaux...
Ne garder que le meilleur, et s'en souvenir souvent.
Merci Estelle...
Je t'aime.
Moi aussi, Charles, je t'aime.

vendredi 2 octobre 2009

Sang bleu

J'ai longtemps hésité, puis j'ai finalement accepté d'accompagner Bertille à un mariage un peu spécial en fin de semaine passée.
Car célébré dans un endroit cher à mon coeur et à mes racines.
Arcangues... quelques milliers d'âmes... dans les Pyrénées.
La patrie de Luis Mariano... de la mariée...et de mes cousins Clovis et Mérovée... un des plus beaux villages du Pays Basque... à 6 kms seulement de Biarritz.
Bien entendu Théophile était également de la partie. Et il s'est régalé car il a aussi retrouvé certains de ses copains, perdus de vue depuis son déménagement pour me rejoindre dans le Sud cet été...
Un déplacement express à 3 donc, en 3 jours chrono... hop là...
Tout ça pour ce mariage religieux célébré dans la si belle église St-Jean-Baptiste de l'Uhubia...
L'Uhubia... comme le nom du petit fleuve côtier dans lequel j'ai tant de souvenirs communs... arrosés et mouillés avec mes cousins et ma soeur Carla.
Bertille étant une parente, par une branche un peu compliquée à expliquer dans le détail, avec le "jeune" marié, le prince Henri d'Orléans, elle avait donc été conviée à cette petite surboum, organisée 25 ans après le mariage civil des heureux élus.
C'est-à-dire ... à ma gauche... le représentant en titre de la "maison de France", comme les descendants du régicide Philippe-Egalité, aiment à s'appeler...
Et.... à ma droite, Madame... Micaëla Cousino Quinones de Léon.
Ce que je ne savais pas et que j'ai appris, lors d'une discussion débutée en aparté dans l'Eglise avec une jeune et jolie comtesse blonde, au décolleté discret mais délicieux, c'est que Jean, fils du marié né d'un premier mariage, et ci-devant duc de Vendôme, et les autres héritiers..., pour lesquels elle ne m'a rien dit finalement, n'avaient pas voulu venir à ce mariage "qui ridiculise notre famille et même l'Eglise... " et qui "scelle la rupture définitive" avec son père...
Oooohhh....
Bigre... !
Et comme quelquefois, je sais ne pas comprendre tout de suite ce qu'on m'explique, mon interlocutrice m'a longuement ensuite fait un récapitulatif en Histoire de France, durant l'aubade avant de m'expliquer les bisbilles entre le dauphin de France et son fils, actuel régent du dauphin... sur le perron pendant les photographies souvenirs.
Mazette... quelle histoire!
Et que de titres à rallonge... régent... dauphin...monseigneur... pour une chose qui n'existe plus... la Royauté...
"Et si vous saviez...? " m'a-t-elle dit soudainement d'un ton grave
- Je vous écoute...
- ... Et bien il existe aussi une autre branche de Bourbon, dont je peux vous entretenir, mais qu'en toute discrétion car elle n'est pas en odeur de sainteté ici, qui revendique également le trône de France... et avec qui j'ai quelques amitiés."
J'ai donc fait semblant d'écouter attentivement Mahaut... mais en vérité je la contemplais en rêvant à des choses plus douces... faites sur un tapis d'herbe avec elle... au fond du jardin... mais chutttt....
Et puis vous me connaissez bien désormais...
Vous savez que je sais me tenir en société et même dans la vie quotidienne...
Alors après une petite demie heure passée avec cette parisienne, qui m'a d'ailleurs laissé ses coordonnées, j'ai logiquement rejoint Bertille qui discutait longuement et passionnément avec ses "semblables" sur la place de l'Eglise.
Théophile, qui avait encore les stigmates de l'agression scolaire faite par Siegfried, a eu aussi un certain succès auprès des enfants... les garçons le prenant pour un dieu du combat rapproché... et les filles se pâmant toutes devant tant d'héroïsme déployé face à l'agression teutonne.
Il faisait assez chaud je dois dire, et moi qui ne bois jamais habituellement, je me suis un peu laisser aller sur les flûtes de champagne lors de ce vin d'honneur.
Tant et si bien qu'à un moment donné, juste avant de rejoindre la réception donnée ensuite chez le Marquis d'Arcangues, j'ai chû...
Certes pas de haut... mais suffisamment pour m'ouvrir l'arcade sourcilière...
"Oh Monsieur, mais vous saignez..." m'a dit une vieille villageoise portant une blouse en tergal abominable et des chaussons noir en fourrure acrylique, venue voir la sortie d'église par pure curiosité ethnologique.
Elle m'a alors attrapé par le bras et m'a emmené chez elle, tout à côté, pour me soigner immédiatement.
"J'ai été quarante ans infirmière dans un hôpital militaire, mon bon monsieur... alors ne vous faites pas de soucis... je vais m'occuper de vous..".
Arrivée chez elle, elle m'a assise de force sur une chaise en osier et m'a administré les premiers soins quasi vitaux.
Ce que je ne savais pas, c'est que dans le coin sombre de la cheminée, une dame encore plus vieille, à la peau parcheminée, nous observait du coin de l'oeil...
"C'est qui le monsieur...?" demanda-t-elle.
"-C'est un ami au Marquis et à Micaëla...
- Oooohhhh dis donc... c'est quelqu'un de bien alors... un noble... mais...
- Oui... mère...?
- Son sang n'est pas bleu...?
Il fallait que j'intervienne... pour dissoudre le malentendu.
"- Sachez mesdames que je suis carolingien... et que je n'ai rien à voir avec ces descendants de capétiens.. à part le fait de partager quelques moments de convivialité.... et surtout... que je n'ai pas le sang bleu... mais rouge... comme tout un chacun...".

mercredi 30 septembre 2009

Mauvaise direction...

J'avais fait la leçon à Théophile le soir-même de sa dispute guerrière avec Siegfried, son cousin éloigné de Francie Orientale.
Je lui avais ainsi expliqué qu'il ne fallait jamais se battre... sauf en cas de nécessité impérieuse et seulement pour se protéger, la violence étant par définition l'arme des faibles d'esprit, donc des brutes...
Et je l'avais puni, mais pour le principe, vu qu'il n'avait fait que répondre à l'agression, certes de façon disproportionnée, en l'envoyant directement dans sa chambre après dîner.
Le lendemain matin, nous sommes arrivés les seconds dans la salle d'attente du directeur de l'école.
La branche allemande était déjà là.
Et l'ambiance très électrique.
Je décidais de patienter dans le couloir afin de ne pas envenimer inutilement la situation.
Le directeur, un homme à la barbe fleurie, arriva à l'heure dite.
Il nous fit entrer dans son immense bureau, chacun d'un côté, et écouta donc en silence les "victimes", l'un après l'autre.
Bien entendu, les enfants campaient farouchement sur leurs positions et la vérité n'était pas prête d'aboutir de ce fait.
Le directeur nous donna ensuite la parole.
J'appris alors que l'affaire n'allait pas s'arrêter là et qu'Othon comptait bien me poursuivre civilement pour le préjudice dentaire de son fils.
Je haussais les épaules. et je répondis "Comme vous le souhaitez... mais voici un certificat d'un éminent ophtalmologiste de la faculté de médecine de la Timone, qui, consulté sur la gravité de la blessure de mon fils, estime que nul ne peut vraiment savoir avant l'âge adulte les conséquences éventuelles de ce qu'il a subi... alors... vos 3 dents de laits... par rapport... qui de surcroît, et j'en ai la preuve, devaient incessamment tomber vu leur pourriture intérieure... sont bien loin de me soucier...".
L'allemand se leva d'un coup et me sauta dessus. D'un bond. A la manière d'un rugbyman venant marquer un essai... en plongeant.
Enfin, il essaya...
Car j'avais anticipé la chose... vu ce que je venais de lui dire... sciemment... et je le repoussais prestement avec mes mains.
Ce n'est donc pas moi qui reçut le corps du père de Siegfried mais le coin du bureau...
Et de 5...
Je veux parler des dents bien entendu.
3 du fils... et du 2 du père.
Décidemment, nos cousins avaient la bouche fragile.
Cette incursion de violence ne fut absolument pas du goût du directeur qui reprit les choses en main.
"Monsieur... votre attitude est déplorable... et contrevient en tous points à l'éthique de notre école... je comprends désormais mieux pourquoi votre fils s'est comporté de la sorte hier... il vous faut apprendre à raison gardée un peu plus... Monsieur... mais ce ne sera plus parmi nous... fort heureusement... voici le dossier scolaire de Siegfried... à compter de cette minute... celui-ci ne fait plus partie de nos effectifs... et sachez que je ne prends jamais mes décisions à la légère... j'ai de la patience... mais là... vous avez dépassé les bornes... j'étais là hier... derrière le rideau de ma fenêtre lorsque votre fils a fait tenir par 2 de ses camarades le jeune Théophile... pour mieux le taper... et ce matin... pffff... allez... sortez d'ici je vous prie... je ne veux plus vous voir..."
Othon de St-Empire, la bouche légèrement ensanglantée, et toujours un peu groggy, se releva et sortit sans un mot, penaud, avec son fils.
Mais il dut s'y reprendre à 2 fois, car il avait pris la mauvaise direction.
La porte... des toilettes privées du directeur.

lundi 28 septembre 2009

Un modèle à suivre

Une autre fois, avec Estelle, nous fûmes recrutés pour une prestation nocturne...
Dont la thématique était un hommage à des sculpteurs du siècle passé, comme Auguste Rodin, Auguste Dumont, Lorado Taft ou Camille Claudel, des noms passés à la postérité et qu'on ne présente plus.
Une première pour nous... ainsi exposés à un public nombreux, comme une trentaine d'autres recrues, sous l'ombre protectrice d'un musée parisien, véritable chapiteau de verre et d'acier.
Et dans une position très... inédite et agréable.
Loin des standarts habituels.
Le remake en chair... et en chair... du célèbre baiser.
Cela nous changeait vraiment de la routine des autres contrats, où bien souvent nous n'étions que des objets juxtaposés et sans contacts.
Car surtout l'impératif absolu à respecter, la règle d'or impériale était ne pas se toucher, de ne pas se laisser tenter... jamais... tant en coulisses que sur scène.
Néanmoins nous savourions pleinement ces statufications publiques qui nous permettaient de nous observer les uns les autres de longues heures, du coin de l'oeil...
Et sans modestie aucune, j'avoue que nous étions très forts à ce petit jeu, avec Estelle, à gérer ainsi les regards en coin et ce qui allait imparablement avec, l'abstinence... l'inaction...
Dans ces moments monacaux... il fallait donc séparer le corps de l'esprit... choisir une autre voie... invisible et sans risques... s'évader par la pensée, grâce à la vision de ces courbes, que je savais désormais dessiner les yeux bandés.
Mais ce soir-là, grâce à nos airs angéliques et à l'entregent de Gaude, nous étions réunis pour une chose unique, sublime, rare, une quasi-fusion charnelle.
C'était très plaisant vraiment d'avoir pendant quelques heures une seule et unique chose à faire.
Sentir le bras et la bouche d'Estelle posés sur moi et l'embrasser... car on avait décidé d'un commun accord de ne pas simuler... la tentation étant si forte.
Pour une fois... ne pas faire semblant...
Et profiter en plus de ces minutes secrètes, volées hors de nos vies officielles.
Rester comme une statue de marbre inerte pour l'éternité... sans l'être finalement.
Sentir son odeur de fruit si attirante, si prégnante... se tenir à sa large hanche et savourer ses lèvres, extrémité onctueuse et ourlée...
Lorsque l'exposition fut inaugurée, nous étions tous, nous les modèles réquisitionnés pour cette unique soirée de performance artistique, recouverts d'un drap blanc qui nous cachaient encore, pour quelques minutes, au regard des invités.
Juste avant d'être installés, nous avions, comme la plupart du temps, revêtus des sous-vêtements de couleur chair, quasi invisible, et nos corps avaient été enduits d'huile afin de briller de milles feux.
Notre composition eut un certain succès.... à l'instar de 3 autres tableaux... les Bourgeois de Calais... la Valse et l'Age Mûr.
J'aimais beaucoup être modèle en fait... et poser à cette époque.
Que ce soit pour des peintres, des photographes ou pour des expositions temporaires comme celle-ci.
En tout bien tout honneur.
Un vrai modèle à suivre donc...

LinkWithin

Related Posts with Thumbnails